Mon nouveau roman
- pilhacplansonnier

- 29 avr.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours

L’emprise : quand le silence devient une arme
Écrire sur l'emprise demande du temps, de la pudeur et une exigence de chaque instant. Après trois ans de travail pour trouver l'équilibre entre la fiction et le cri, mon nouveau roman est presque prêt.
Ce n'est pas seulement une histoire de personnages inventés ; c'est le reflet d'une lutte invisible mais universelle. Je l'ai écrite pour que les mots deviennent une lumière là où l'emprise cherche à faire le noir.
« Le voleur de vies »
C'est ici que Madeleine — mère de Clémence, grand-mère de Marie-Lou et de son petit frère Elliott — s'épanche. À travers ses doutes, ses souvenirs et son attente, elle livre un regard intime sur ce que signifie « aimer à distance » quand l'emprise a tout brisé. Pour Madeleine, écrire a été une manière de ne pas sombrer, de mettre des mots sur l'insaisissable et de transformer son impuissance en un message de vigilance.

Dans ce prologue de mon livre, c'est Madeleine qui parle
Lorsqu'une explication possible au ghosting de la part de Clémence et d’Elliott a germé dans mon esprit, j'ai ressenti un affolement qui fit battre mon cœur de mère et de grand-mère, une déchirure. Le silence de ma fille et de mon petit-fils découlait-t-il d’une manipulation ? En avaient-ils conscience ?
Il est terriblement difficile de prendre conscience d’une emprise, tant pour la victime que pour ses proches. C’est un système si sournois et immoral qu’il en devient indécelable. Et puis, on n’ose pas imaginer qu’un être humain puisse utiliser des procédés aussi sordides contre un autre.
Souvent, l’entourage s’offusque, puis finit par détourner la tête, gêné, laissant le déni renforcer le pouvoir de l’agresseur.
L'emprise est une force silencieuse. Elle se distingue de la simple influence (qui propose sans imposer) ou de la manipulation (qui déforme la réalité). L’emprise, elle, se situe à l’étage supérieur : elle reprend ces deux outils pour réduire un autre individu à un état de confusion et de dépendance. Elle vous fait douter de vous-même, jusqu’à vous faire accepter l’inacceptable en vous laissant croire que c’est votre propre choix. C'est un détournement pur et simple du libre arbitre.

Quand j’ai soupçonné que Clémence était prise dans cet engrenage, j’ai tenté de la sensibiliser, de pointer du doigt des mécanismes... sans trop dévoiler mes craintes par peur de la braquer, et provoquer une fermeture immédiate. Je cherchais le déclic, le sursaut. Mais je ne saurai jamais si mes mots ont touché juste et si son compagnon s'en est emparé pour resserrer l’étau. Je ne le saurai jamais parce qu'il l'a réussi à l'isoler, à l'enfermer et que nous n'avons plus aucun fil pour établir un contact. Une thérapeute m'a expliqué : dans le système d'emprise, tout se retourne toujours contre vous. Un mot devient une attaque, une inquiétude devient une intrusion, une main tendue devient la preuve que vous êtes le problème.
Nous avons tout essayé : être présents sans être envahissants, comprendre sans juger. En vain. Pour son compagnon, nos silences devenaient de l’indifférence et nos attentions des reproches. Dans son système, aimer signifiait envahir. Quoi que nous fassions, nous avions tort. Alors, nous avons reculé. Non par indifférence, mais par précaution. J'ai compris que ma présence pouvait devenir un danger pour elle.
Mais en reculant pour la protéger, une peur plus sourde m’a envahie : qu’elle perçoive mon retrait non pas comme une protection, mais comme un abandon. Je me suis rendu compte que, quoi que je choisisse, il n’y avait aucune bonne place, seulement des pertes différentes.
Aujourd'hui, il reste ce "ghosting", cette disparition sans mot ni rupture annoncée. Dans ce vide, l’esprit tourne en boucle, cherche des fautes, invente des scénarios. Parfois, la pensée la plus dure s'installe : et si elle ne voulait vraiment plus de moi ? Mais je sais désormais que l'emprise produit un "effet papillon" : l'agresseur ne détruit pas seulement sa proie, il dévaste tout son entourage. Sa jouissance réside dans l'étendue du cataclysme. Et donc ? Faut-il s'avouer vaincue et se laisser emporter par l'onde de choc ?

J’ai compris que la seule manière de lutter était de refuser de sombrer avec eux. Ne pas devenir une victime collatérale de plus, refuser à l’agresseur la satisfaction de m'anéantir aussi. Puisque je ne peux pas agir sur leur silence, j'ai choisi d'agir sur ma propre attente. Face à cette absence de réponses, je me suis accrochée à ce qui existait encore : les traces, les objets, les preuves d'un temps où l'amour n'était pas encore une arme.
J’ai vu Clémence s’enfoncer dans ce puits sans fond avec ses enfants. Marie-Lou a réussi à en sortir ; nous étions là, sur la margelle, pour la saisir à bras-le-corps. Mais où sont Elliott et sa mère ? Le geôlier a érigé une muraille de silence et sectionné le dernier fil qui nous reliait tous.
Pourtant, je continue à croire que chacun mérite d’être libre. Se mettre debout, le regard fixé sur l’horizon, et retrouver cette autonomie confisquée. Clémence, tu dois trouver la force de suivre la route qui te mènera vers ta propre lumière.
Clémence, Elliott,
Nous espérons que vous allez bien. Nous voulions simplement vous dire que quelle que soit ta situation, vous êtes toujours parmi nous. Il n’y a de notre part aucune attente ou obligation, ni aucune question.
Si un jour vous souhaitez reprendre contact, même brièvement, ou si vous avez besoin de quelque chose, sachez que notre porte vous sera toujours ouverte sans questions, sans jugement, avec bienveillance.
Nous pensons à vous et nous te souhaitons le meilleur.
Avec toute mon affection.
Ta maman qui t’aime




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