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Créer, s'exprimer...


Les houches, Mont-Blanc, aiguille du midi, arête des cosmiques
Photo prise de l'appartement des Houches, au coucher du soleil. 24/10/24

Adepte du pastel, je publie d'habitude des dessins. Mais là, qu'on ne s'y trompe pas, ce sont bien des photos que j'ai prises lors de notre séjour à Chamonix. J'ai fait travailler mes yeux, mes ressentis et les divers filtres que propose mon appareil.

Inspirée, plus tard, je ferai peut-être une série d'interprétations aux pastels secs.


Les houches, Mont-Blanc, aiguille du midi, arête des cosmiques
Photo prise de l'appartement des Houches, au lever du soleil. 25/10/24

Pour moi, la photo est déjà un exercice : trouver les filtres et bonnes lumières pour rendre l'ambiance perçue. Le rendu passe par la qualité de mon appareil et par ma capacité, ma connaissance à intervenir sur le côté technique. Cela sous-entend "avoir saisi les ressentis" procurés par le visuel, puis être capable de les faire correspondre à ceux développés via mon œil à travers l'objectif.

La photographie est un art. Être là au bon moment, savoir saisir l'instant. Avoir une parfaite connaissance de son appareil, etc. J'aime. Photographier, peindre ! Aujourd'hui, je prétends que c'est une méditation.

Pourtant, quand je compare les deux activités, je sais que l'une m'apporte plus que l'autre. Quand je me lance dans un pastel, j'ai d'abord longuement observé, "lu" le paysage. La contemplation est longue. Je pose mon regard sur l'ensemble bien sûr, mais je me laisse toucher aussi tour à tour par chacun des détails que je perçois : un doré qui borde le nuage, une lumière, un camaïeu dans une forêt, les multiples densités d’une brume qui voile certaines parties du tableau. Je fais souvent d'abord une photo. Je sais qu'elle me restituera, quand je la regarderai, les émotions vécues. Mais déjà j'anticipe et je me réjouis d'étaler ma feuille blanche pour attaquer la suite...


C'est en lisant la vie de Van Gogh que cet aspect de la peinture m'a été révélé. Apprendre à peindre n'est pas un enseignement complet si l'on apprend pas à observer. J'en ai eu la preuve plus tard.

Pendant quelques années je suivais avec assiduité des cours de dessin, persuadée que cet enseignement allait me permettre de composer des tableaux équilibrés, sans erreurs de perspectives ou de lumières, poser sur mes toiles une image.

J'ai longtemps peint en utilisant des techniques apprises, mais au final ce que je sortais ne me satisfaisait pas vraiment. Platitude, frustration... Il y manquait un mouvement, une vie, ou plutôt une étincelle.

Les houches, Mont-Blanc, aiguille du midi, arête des cosmiques

Mon parcours personnel m'a amenée à faire de la méditation. Le choix de cette discipline n'avait alors aucun lien avec mes activités à l'atelier. Mais ayant acquis un peu de pratique, j'ai compris ce que la méditation pouvait m'apporter de plus dans tout mon travail de création.

Les houches, Mont-Blanc, aiguille du midi, arête des cosmiques

Méditare signifie contempler. En méditation, on commence par s'isoler, s'abstraire du monde réel le plus souvent en fixant sa pensée sur un seul objet, un endroit tangible ou imaginaire, ou un mantra, etc. Le but est de s'entraîner à guider, à maintenir son attention sur un sujet, un thème. Cela ne se fait pas en luttant mais en amenant doucement sa volonté dans une direction choisie et tenue, dans le respect et la clémence pour soi-même.

J'ai acquis ces notions-là et elles font aujourd'hui partie de ma vie. Je médite souvent devant un paysage qui suscite des pensées positives.


Je peux rester longtemps à simplement contempler et ressentir. Tout noter... que rien ne m'échappe. Puis vient le moment de la photo. Fixer tout ça quand on l'a dans l'objectif - après avoir effectué les bons réglages - se fait d'un clic.

En revanche, fixer un visuel sur le papier est un autre travail, long et laborieux. Il faut bien sûr être capable de prendre conscience de tout ce que ce visuel génère d'impressions, d'émotions. Être capable aussi de savoir ce qui, très précisément, provoque ces émotions ; une forme particulière, la douceur ou le cru d'une couleur, un mouvement, un point de lumière particulier, une symétrie... une ou plusieurs choses.

Pastel sec, Annette Thomas - Atelier du  Plansonnier

Puis on fait transiter toutes les informations stockées du cerveau à la main. L'image est devant les yeux et il faut activer toutes les connexions pour créer le ressenti, d'autres connexions pour les véhiculer de façon à mener les gestes. Puis, retour : faire remonter les informations que la main a posées sur le papier pour vérifier qu'elles correspondent à celles ressenties dans le réel.

Le tableau fini ce n'est pas gagné. Il faut encore que le visiteur ait, lui aussi, la bonne lecture de mon tableau, qu'il ait le même réflexe de visualiser tout ce que j'ai écrit, et qu'il ait aussi les outils pour méditer, dépasser l'inconscient et aller puiser dans ses émotions. Quelqu'un peut aimer un tableau pour une toute autre raison que celle qui a conduit l'auteur à peindre l’œuvre. Son vécu, son éducation, tant de choses influent sur sa façon de percevoir le tableau. C’est cet aléatoire qui m’a conduite à peindre ou pasteller sans me préoccuper du rendu pour autrui. Je ne m’exprime que dans l’objectif que le tableau me plaise à moi. Si lors des expositions et événements il plaît à d’autres, tant mieux, je ne fais pas la gueule. J'entends souvent : on dirait une photo... je ne vois pas l'intérêt. Moi, je vois bien l'intérêt ! Il est dans la méditation justement, et dans toutes les émotions que cela me procure. Et puis, bonus, il y a le moment présent : la jouissance de faire naître l'image devant moi, petit à petit. C'est un accouchement. Cette image que j’ai réussi à saisir et à rendre. Le plaisir de la construction, celle qui permet de bien appréhender l'image, de saisir ce que le regard n'avait pas forcément relevé de prime abord.


Pastel sec, Annette Thomas - Atelier du  Plansonnier

Ne pas peindre pour les autres, mais bien pour soi. Pas la peine d'imaginer ce qu'eux vont ressentir ; ça leur appartient ! Les uns ressentent quelque chose, d'autres ne ressentent rien. En aucun cas, les deux éventualités n'influent pas sur ma façon de peindre ou dessiner. Je ne me préoccupe, lorsque j'avance dans mon tableau, que de ce qui m'habite, moi ! Après, la critique d'autrui reste neutre.


Aujourd'hui, quand je fais du pastel, je laisse aussi beaucoup de place à mon intuition (définition du dictionnaire => intuition : forme de connaissance immédiate qui ne recourt pas au raisonnement).


Alors ? Photo ou tableau ? Deux moyens d'expression. Mais les deux ne font pas tout à fait appel aux mêmes compétences. Celles que je déploie lorsque je pastelle sont plus complètes. J'exerce une autre activité : l'écriture. On ne m'a jamais dit : "pourquoi décrire ce paysage, autant mettre une photo !".

Photo, tableau, texte : je tente de susciter des émotions dans la description d'un lieu avec des mots, avec des couleurs, ou avec les réglages de l'appareil... L'important c'est de prendre plaisir à chacune des activités.



Pastel sec, Annette Thomas - Atelier du  Plansonnier

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